Les musées de province ne sont guère plus riches que celui de Paris. Cependant Lyon a un ex-voto de l'empereur Maximilien signé du portrait de Dürer lui-même, et Limoges un magnifique tableau peint sur fond d'or.
Dans la relation de son voyage en Flandre, Albert Dürer passe en revue la plus grande partie de ses gravures. Nous compléterons, chemin faisant, les renseignements qu'il donne lui-même, et nous prierons le lecteur qui voudra de plus amples détails de consulter l'Abecedario de Mariette, publié et annoté par MM. de Chenevières et de Montaiglon, M. Charles Blanc, qui parle longuement et savamment de l'œuvre gravé d'Albert Dürer dans son admirable Histoire des peintres, Heller, qui a corrigé Bartsch, M. Passavant, qui a corrigé Heller, et M. Émile Galichon qui, lui, n'a voulu corriger personne, et a pourtant écrit un fort bon ouvrage sur les gravures d'Albert Dürer.
Nous l'avons dit, Albert Dürer ne fut pas seulement peintre et graveur, il embrassa tous les arts et excella dans tous. Il fut orfévre, mais aucun de ses travaux n'est resté. Sandrart nous apprend qu'il a ciselé sept sujets de la Passion, mais il ne les a pas vus.
On lira dans le Voyage en Flandre qu'il fit beaucoup de dessins pour les orfévres. On verra, dans la même relation, qu'il s'occupa aussi d'architecture; entre autres travaux, il dessina au lavis le plan d'une maison pour le médecin de dame Marguerite, et le British Museum possède le plan d'une fort belle fontaine qu'il a dessiné à la plume; malheureusement, cette fontaine est restée à l'état de projet.
Il fut aussi ingénieur comme Léonard de Vinci et Michel-Ange. C'est lui qui dirigea les travaux de fortifications de la ville de Nuremberg.
Comme sculpteur, on lui donne: 1o un petit bas-relief en pierre, représentant la naissance de saint Jean-Baptiste (il est conservé au British Museum); 2o deux statuettes, Adam et Ève (au musée de Gotha); 3o deux madones, bas-reliefs sculptés en bois; deux femmes nues, vues l'une de face, l'autre de dos, bas-reliefs en marbre (à Munich); 4o un saint Jean prêchant dans le désert, bas-relief (à Brunswick); 5o divers ouvrages exécutés en ivoire et en bois (à Dresde, dans la collection des Grünes Gewölbe); 6o une arquebuse (à Vienne); 7o plusieurs bas-reliefs en bois et en pierre lithographique, avec le monogramme d'Albert Dürer (à Paris, au Louvre, et à Bruges, au séminaire). Mais nous n'acceptons la plus grande partie de ces ouvrages que sous bénéfice d'inventaire. Les numismates lui attribuent aussi plusieurs médailles.
Voici un pfenning qu'il grava pour Martin Luther:
Le premier livre d'Albert Dürer est intitulé: Traité de géométrie, ou Méthode pour apprendre à mesurer avec la règle et le compas. Cet ouvrage est mûrement pensé et écrit clairement. On voit que l'auteur est convaincu de ce qu'il avance, à savoir «que la géométrie est le vrai fondement de toute peinture, et que, sans posséder à fond cette science, personne ne peut devenir un bon peintre.»
Ce traité était fort estimé au XVIe siècle.—A la demande d'Agnès Frey, Joachim Camerarius en fit une traduction qui fut publiée à Paris, ex officina Christiani Welcheli.
Sub scuto Basilensi M. D. XXXV.