[11] En 1477, un patricien de Nuremberg, nommé Martin Kœtzel, fit un voyage en Palestine. Pendant son séjour en Terre Sainte, il compta le nombre de pas qui séparent la maison de Pilate du Golgotha. Son dessein était de mesurer une distance égale, à partir de sa maison de Nuremberg jusqu'au cimetière Saint-Jean, et de faire sculpter, par l'illustre statuaire Kraft, sept stations dans l'intervalle et un calvaire avec le Christ, et les deux larrons à l'extrémité.—Qu'arriva-t-il?—Le patricien perdit-il la mémoire ou ses notes? On l'ignore. Ce que l'on sait, c'est que, revenu chez lui, il n'avait plus ses mesures. Onze ans après, en 1488, il entreprit un nouveau pèlerinage pour pouvoir faire de nouveau son calcul sur place, et au retour il fut assez heureux pour trouver Adam Kraft plein de vie et dans toute la force de son talent. Cette fois, il ne perdit pas une seconde, son œuvre pie fut exécutée et fort bien, si l'on en juge par les morceaux que le temps n'a pas dévorés.
[12] Willibald ou Bilibald Pirkeimer, sénateur de Nuremberg, homme de lettres distingué et l'un des amis intimes d'Albert Dürer.—Il a fait son portrait sur cuivre en buste vu de trois quarts avec cette épigraphe: Bilibaldi Pirkeymheri. effigies. œtatis. suæ, anno L. III. Vivitur. ingenio cætera. mortis erunt M. D. XX. IV. Ce portrait admirable est celui dont nous donnons, dans ce livre, une copie exécutée par M. Durand, d'après une épreuve de la collection de M. Ambroise-Firmin Didot. Dürer a aussi peint les armoiries de Pirkeimer, deux écus soutenus par deux génies ailés au-dessus desquels on lit: Sibi et amicis P., et dans la marge du bas: Liber Bilibaldi Pirkeimer: dans celle du haut est une inscription en hébreu, une seconde en langue grecque et la suivante en latin: Initium sapientiæ timor Domini.
[13] Il parle certainement des Allemands qui habitent la Giudecca ou Zuecca (quartier des Juifs), dans l'île de Spinalonga.
[14] Il veut parler sans doute d'une communauté allemande qui existait alors à Venise.
[15] C'était le Martyre de saint Bartholomé. Ce tableau fut acheté plus tard par le roi de Bohême Rodolphe II, qui le plaça dans la galerie de Prague.
[16] Le plus jeune et le plus illustre des deux frères Bellini, le maître de Giorgion et du Titien.
Il est né à Venise en 1426, il y est mort en 1516 et il y est enterré à côté de son frère Gentile, dans l'église des apôtres saint Jean et saint Paul.
[17] Albert Dürer parle-t-il de Jacob Walch ou de Jacob Elsner, l'artiste universel dont Neudörffer dit: «Ce Jacob Elsner était un homme d'un commerce agréable que les patriciens recherchaient fort. Il jouait admirablement du luth et vivait dans l'intimité des habiles organistes Sébastien Imhoff, Guillaume Haller et Laurent Stauber. Il peignit leurs portraits, illumina leurs beaux livres, dessina les blasons que l'empereur et les rois leur avaient donnés et fit nombre d'autres petits travaux pour eux. Personne de son temps ne savait peindre l'or comme lui.» Le docteur Frédéric Campe croit qu'il est question d'Elsner. «Albert Dürer, dit-il, parlerait avec plus de respect de son honorable prédécesseur Jacob Walch ou le Walche.» Le respect n'a rien à faire ici. Albert Dürer donne son opinion sur les peintres italiens, et s'il attaque quelqu'un, c'est Antoine Kolb, dont le zèle amical est en effet un peu bien exagéré.
M. Passavant déclare nettement qu'il s'agit ici d'un tableau de Jacob Walch qui venait, grâce à Kolb, d'obtenir une situation auprès de Philippe de Bourgogne. Il ajoute qu'Albert Dürer avait peut-être sollicité cette situation. Pourquoi cette supposition toute gratuite? L'appréciation d'Albert Dürer n'était que juste. «Jacob Walch, dit Jacob de Barbarj, dit le Maître au caducée, avait du talent, mais il était loin d'égaler les maîtres italiens.» (Voir le travail de M. Émile Galichon sur ce peintre. Gazette des Beaux-Arts, t. XI, p. 314, no 456.)
[18] Minuit et demi de notre temps.