— Mène-moi chez elle», dit lusurpateur en se levant.
Il était impossible dhésiter. Chvabrine conduisit Pougatcheff dans la chambre de Marie Ivanovna. Je les suivis.
Chvabrine sarrêta dans lescalier: «Tsar, dit-il, vous pouvez exiger de moi ce quil vous plaira; mais ne permettez pas quun étranger entre dans la chambre de ma femme.
— Tu es marié! mécriai-je, prêt à le déchirer.
— Silence! interrompit Pougatcheff, cest mon affaire. Et toi, continua-t-il en se tournant vers Chvabrine, ne fais pas limportant. Quelle soit ta femme ou non, jamène qui je veux chez elle. Votre Seigneurie, suis-moi.»
À la porte de la chambre Chvabrine sarrêta de nouveau et dit dune voix entrecoupée: «Tsar, je vous préviens quelle a la fièvre, et depuis trois jours elle ne cesse de délirer.
— Ouvre!» dit Pougatcheff.
Chvabrine se mit à fouiller dans ses poches et finit par dire quil avait oublié la clef. Pougatcheff poussa la porte du pied; la serrure céda, la porte souvrit et nous entrâmes.
Je jetai un rapide coup doeil dans la chambre et faillis mévanouir. Sur le plancher et dans un grossier vêtement de paysanne, Marie était assise, pâle, maigre, les cheveux épars. Devant elle se trouvait une cruche deau recouverte dun morceau de pain. À ma vue elle frémit et poussa un cri perçant. Je ne saurais dire ce que jéprouvai.
Pougatcheff regarda Chvabrine de travers, et lui dit avec un amer sourire: «Ton hôpital est en ordre!»