Puis, sapprochant de Marie: «Dis-moi, ma petite colombe, pourquoi ton mari te punit-il ainsi?
— Mon mari! reprit-elle; il nest pas mon mari; jamais je ne serai sa femme. Je suis résolue à mourir plutôt, et je mourrai si lon ne me délivre pas.»
Pougatcheff lança un regard furieux sur Chvabrine: «Tu as osé me tromper, sécria-t-il; sais-tu, coquin, ce que tu mérites?»
Chvabrine tomba à genoux.
Alors le mépris étouffa en moi tout sentiment de haine et de vengeance. Je regardai avec dégoût un gentilhomme se traîner aux pieds dun déserteur cosaque. Pougatcheff se laissa fléchir.
«Je te pardonne pour cette fois, dit-il à Chvabrine; mais sache bien quà ta première faute je me rappellerai celle-là.»
Puis, sadressant à Marie, il lui dit avec douceur: «Sors, jolie fille, je suis le tsar».
Marie Ivanovna lui jeta un coup doeil rapide, et devina que cétait lassassin de ses parents quelle avait devant les yeux. Elle se cacha le visage des deux mains, et tomba sans connaissance. Je me précipitais pour la secourir, lorsque ma vieille connaissance Palachka entra fort hardiment dans la chambre et sempressa autour de sa maîtresse. Pougatcheff sortit, et nous descendîmes tous trois dans la pièce de réception.
«Eh! Votre Seigneurie, me dit Pougatcheff en riant, nous avons délivré la jolie fille; quen dis-tu? ne faudrait-il pas envoyer chercher le pope, et lui faire marier sa nièce. Si tu veux, je serai ton père assis, Chvabrine le garçon de noce, puis nous nous mettrons à boire, et nous fermerons les portes.»
Ce que je redoutais arriva. Dès quil entendit la proposition de
Pougatcheff, Chvabrine perdit la tête.