«Tsar, dit-il en fureur, je suis coupable, je vous ai menti; mais Grineff aussi vous trompe. Cette jeune fille nest pas la nièce du pope: elle est la fille dIvan Mironoff, qui a été supplicié à la prise de cette forteresse.»
Pougatcheff darda sur moi ses yeux flamboyants.
«Quest-ce que cela veut dire? sécria-t-il avec la surprise de lindignation.
— Chvabrine ta dit vrai, répondis-je avec fermeté.
— Tu ne mavais pas dit celai reprit Pougatcheff dont le visage sassombrit tout à coup.
— Mais sois-en le juge, lui répondis-je; pouvais-je déclarer devant tes gens quelle était la fille de Mironoff? Ils leussent déchirée à belles dents; rien naurait pu la sauver.
— Tu as pourtant raison, dit Pougatcheff, mes ivrognes nauraient pas épargné cette pauvre fille; ma commère la femme du pope a bien fait de les tromper.
— Écoute, continuai-je en voyant sa bonne disposition; je ne sais comment tappeler, et ne veux pas le savoir. Mais Dieu voit que je serais prêt à te payer de ma vie ce que tu as fait pour moi. Seulement, ne me demande rien qui soit contraire à mon honneur et à ma conscience de chrétien. Tu es mon bienfaiteur; finis comme tu as commencé. Laisse-moi aller avec la pauvre orpheline là où Dieu nous amènera. Et nous, quoi quil arrive, et où que tu sois, nous prierons Dieu chaque jour pour quil veille au salut de ton âme…»
Je parus avoir touché le coeur farouche de Pougatcheff.
«Quil soit fait comme tu le désires, dit-il; il faut punir jusquau bout, ou pardonner jusquau bout; cest là ma coutume. Prends ta fiancée, emmène-la où tu veux, et que Dieu vous donne bonheur et raison.»