Il se tourna vers Chvabrine, et lui commanda de mécrire un sauf- conduit pour toutes les barrières et forteresses soumises à son pouvoir. Chvabrine se tenait immobile et comme pétrifié. Pougatcheff alla faire linspection de la forteresse; Chvabrine le suivit, et moi je restai, prétextant les préparatifs de voyage.

Je courus à la chambre de Marie; la porte était fermée. Je frappai:

«Qui est là?» demanda Palachka.

Je me nommai. La douce voix de Marie se fit entendre derrière la porte.

«Attendez, Piôtr Andréitch, dit-elle, je change dhabillement.
Allez chez Akoulina Pamphilovna; je my rends à linstant même.»

Jobéis et gagnai la maison du père Garasim. Le pope et sa femme accoururent à ma rencontre. Savéliitch les avait déjà prévenus de tout ce qui sétait passé.

«Bonjour, Piôtr Andréitch, me dit la femme du pope. Voilà que Dieu a fait de telle sorte que nous nous revoyons encore. Comment allez-vous? Nous avons parlé de vous chaque jour. Et Marie Ivanovna, que na-t-elle pas souffert sans vous, ma petite colombe! Mais dites-moi, mon père, comment vous en êtes-vous tiré avec Pougatcheff? Comment ne vous a-t-il pas tué? Eh bien! pour cela merci au scélérat!

— Finis, vieille, interrompit le pète Garasim! ne radote pas sur tout ce que tu sais; à trop parler, point de salut. Entrez, Piôtr Andréitch, et soyez le bienvenu. Il y a longtemps que nous ne nous sommes vus.»

La femme du pope me fit honneur de tout ce quelle avait sous la main, sans cesser un instant de parler. Elle me raconta comment Chvabrine les avait contraints à lui livrer Marie Ivanovna; comment la pauvre fille pleurait et ne voulait pas se séparer deux; comment elle avait eu avec eux des relations continuelles par lentremise de Palachka, fille adroite et résolue, qui faisait, comme on dit, danser louriadnik lui-même au son de son flageolet; comment elle avait conseillé à Marie Ivanovna de mécrire une lettre, etc. De mon côté, je lui racontai en peu de mots mon histoire. Le pope et sa femme firent des signes de croix quand ils entendirent que Pougatcheff savait quils lavaient trompé.

«Que la puissance de la croix soit avec nous! disait Akoulina Pamphilovna; que Dieu détourne ce nuage! Bien, Alexéi Ivanitch! bien, fin renard!»