—Mais, monsieur, vous m'aviez dit que vous me conduisiez chez mon père! m'écriai-je en repoussant sa main et en rejetant ma tête en arrière.
—Oui, je vous l'avais dit, car je voyais que vous hésitiez à me suivre, et un instant de plus de cette hésitation nous perdait, lui, vous et moi, comme vous avez pu le voir. Maintenant, voyons, dit le comte en s'arrêtant, voulez-vous tuer le baron? voulez-vous marcher droit à votre déshonneur? Dites un mot, et je vous ramène au château de Méridor.
—Vous m'avez parlé d'une preuve que vous agissiez au nom de mon père?
—Cette preuve, la voilà, dit le comte; prenez cette lettre, et, dans le premier gîte où nous nous arrêterons, lisez-la. Si, quand vous l'aurez lue, vous voulez revenir au château, je vous le répète, sur mon honneur, vous serez libre. Mais, s'il vous reste quelque respect pour les ordres du baron, vous n'y retournerez pas, j'en suis bien certain.
—Allons donc, monsieur, et gagnons promptement ce premier gîte, car j'ai hâte de m'assurer si vous dites la vérité.
—Souvenez-vous que vous me suivez librement.
—Oui, librement, autant toutefois qu'une jeune fille est libre dans cette situation où elle voit d'un côté la mort de son père et son déshonneur, et, de l'autre, l'obligation de se fier à la parole d'un homme qu'elle connaît à peine; n'importe, je vous suis librement, monsieur; et c'est ce dont vous pourrez vous assurer, si vous voulez bien me faire donner un cheval.
Le comte fit signe à un de ses hommes de mettre pied à terre. Je sautai à bas du sien, et, un instant après, je me retrouvai en selle près de lui.
—La haquenée ne peut être loin, dit-il à l'homme démonté; cherchez-la dans la forêt, appelez-la; vous savez qu'elle vient comme un chien à son nom ou au sifflet. Vous nous rejoindrez à la Châtre.
Je frissonnai malgré moi. La Châtre était à dix lieues déjà du château de Méridor, sur la route de Paris.