—Monsieur, lui dis-je, je vous accompagne; mais, à la Châtre, nous ferons nos conditions.
—C'est-à-dire, mademoiselle, répondit le comte, qu'à la Châtre vous me donnerez vos ordres.
Cette prétendue obéissance ne me rassurait point; cependant, comme je n'avais pas le choix des moyens, et que celui qui se présentait pour échapper au duc d'Anjou était le seul, je continuai silencieusement ma route. Au point du jour, nous arrivâmes à la Châtre. Mais, au lieu d'entrer dans le village, à cent pas des premiers jardins, nous prîmes à travers terres, et nous nous dirigeâmes vers une maison écartée.
J'arrêtai mon cheval.
—Où allons-nous? demandai-je.
—Écoutez, mademoiselle, me dit le comte, j'ai déjà remarqué l'extrême justesse de votre esprit, et c'est à votre esprit même que j'en appelle. Pouvons-nous, fuyant les recherches du prince le plus puissant après le roi, nous arrêter dans une hôtellerie ordinaire, et au milieu d'un village dont le premier paysan qui nous aura vus nous dénoncera? On peut acheter un homme, on ne peut pas acheter tout un village.
Il y avait dans toutes les réponses du comte une logique ou tout au moins une spéciosité qui me frappait.
—Bien, lui dis-je. Allons.
Et nous nous remîmes en marche.
Nous étions attendus; un homme, sans que je m'en fusse aperçue, s'était détaché de notre escorte et avait pris les devants. Un bon feu brillait dans la cheminée d'une chambre à peu près propre, et un lit était préparé.