Saint-Luc était là, debout, au milieu de tous ces menaçants visages, sentant bruire autour de lui toutes ces colères, et ne se troublant pas le moins du monde. Chose étrange! il avait amené sa femme, et l'avait fait asseoir sur un tabouret contre la balustrade du lit.
Lui, se promenait le poing sur la hanche, regardant les curieux et les insolents du même regard dont ils le regardaient.
Par égard pour la jeune femme, quelques seigneurs s'étaient écartés, malgré leur envie de coudoyer Saint-Luc, et s'étaient tus, malgré leur désir de lui adresser quelques paroles désagréables.
C'était dans ce vide et dans ce silence que se mouvait l'ex-favori.
Jeanne, modestement enveloppée dans sa mante de voyage, attendait, les yeux baissés.
Saint-Luc, drapé fièrement dans son manteau, attendait; de son côté, avec une attitude qui semblait plutôt appeler que craindre la provocation.
Enfin les assistants attendaient, pour provoquer, de bien savoir ce que revenait faire Saint-Luc à cette cour où chacun, désireux de se partager une portion de son ancienne faveur, le trouvait bien inutile.
En un mot, comme on le voit, de toutes parts, l'attente était grande, lorsque le roi parut.
Henri entra, tout agité, tout occupé de s'exciter lui-même. Cet essoufflement perpétuel compose, la plupart du temps, ce qu'on appelle la dignité chez les princes.
Il entra, suivi de Chicot, qui avait pris les airs calmes et dignes qu'aurait dû prendre le roi de France, et qui regardait le maintien de Saint-Luc, ce qu'aurait dû commencer par faire Henri III.