En effet, de temps en temps, Gorenflot, qui comprend les nécessités de la position, et qui est engagé par ses antécédents, médite un sermon. Foin de Marcus Tullius, de César, de saint Grégoire, de saint Augustin, de saint Jérôme et de Tertullien, la régénération de l'éloquence sacrée va commencer à Gorenflot. Rerum novus ordo nascitur.
De temps en temps aussi, à la fin de son repas, ou au milieu de ses extases, Gorenflot se lève, et, comme si un bras invisible le poussait, va droit à l'écurie; arrivé là, il regarde avec amour Panurge qui hennit de plaisir, puis il passe sa main pesante sur le pelage plantureux où ses gros doigts disparaissent tout entiers. Alors c'est plus que du plaisir, c'est du bonheur: Panurge ne se contente plus de hennir, il se roule.
Le prieur et trois ou quatre dignitaires du couvent l'escortent d'ordinaire dans ces excursions, et font mille platitudes à Panurge: l'un lui offre des gâteaux, l'autre des biscuits, l'autre des macarons, comme autrefois ceux qui voulaient se rendre Pluton favorable offraient des gâteaux au miel à Cerbère.
Panurge se laisse faire; il a le caractère accommodant; d'ailleurs, lui qui n'a pas d'extases, lui qui n'a pas de sermon à méditer, lui qui n'a d'autre réputation à soutenir que sa réputation d'entêtement, de paresse et de luxure, trouve qu'il ne lui reste rien à désirer, et qu'il est le plus heureux des ânes.
Le prieur le regarde avec attendrissement.
—Simple et doux, dit-il, c'est la vertu des forts.
Gorenflot a appris que l'on dit en latin ita pour dire oui; cela le sert merveilleusement, et, à tout ce qu'on lui dit, il répond ita avec une fatuité qui ne manque jamais son effet.
Encouragé par cette adhésion perpétuelle, l'abbé lui dit parfois:
—Vous travaillez trop, mon cher frère, cela vous rend triste de coeur.
Et Gorenflot répond à messire Joseph Foulon, comme Chicot répond parfois à Sa Majesté Henri III: