Jean regarda.

Toute la populace du Buitenhof apparaissait à l'extrémité de la rue que devait suivre la voiture, et s'avançait hurlante et rapide comme un ouragan.

—Arrête et sauve-toi, dit Jean au cocher; il est inutile d'aller plus loin; nous sommes perdus.

—Les voilà! les voilà! crièrent ensemble cinq cents voix.

—Oui, les voilà, les traîtres! les meurtriers! les assassins! répondirent à ceux qui venaient au-devant de la voiture, ceux qui couraient après elle, portant dans leurs bras le corps meurtri d'un de leurs compagnons, qui, ayant voulu sauter à la bride des chevaux, avait été renversé par eux.

C'était sur lui que les deux frères avaient senti passer la voiture.

Le cocher s'arrêta; mais quelques instances que lui fît son maître, il ne voulut point se sauver.

En un instant, le carrosse se trouva pris entre ceux qui couraient après lui et ceux qui venaient au-devant de lui.

En un instant, il domina toute cette foule agitée comme une île flottante.

Tout à coup, l'île flottante s'arrêta. Un maréchal venait, d'un coup de masse, d'assommer un des deux chevaux, qui tomba dans les traits.