Cette réponse fut faite à la fois avec tant de calme et de fermeté, que Dixmer comprit qu'insister, en ce moment du moins, serait chose inutile; il n'ajouta pas un seul mot, regarda Geneviève sans paraître la regarder, passa sa main sur son front humide de sueur et sortit.
Morand l'attendait avec inquiétude. Dixmer lui raconta mot pour mot ce qui venait de se passer.
—Bien, répondit Morand, restons-en donc là et n'y pensons plus. Plutôt que de causer une ombre de souci à votre femme, plutôt que de blesser l'amour-propre de Geneviève, je renoncerais....
Dixmer lui posa la main sur l'épaule.
—Vous êtes fou, monsieur, lui dit-il en le regardant fixement, ou vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites.
—Comment, Dixmer, vous croyez!...
—Je crois, chevalier, que vous n'êtes pas plus maître que moi de laisser aller vos sentiments à l'impulsion de votre cœur. Ni vous, ni moi, ni Geneviève ne nous appartenons, Morand. Nous sommes des choses appelées à défendre un principe, et les principes s'appuient sur les choses, qu'ils écrasent.
Morand tressaillit et garda le silence, un silence rêveur et douloureux. Ils firent ainsi quelques tours dans le jardin sans échanger une seule parole. Puis Dixmer quitta Morand.
—J'ai quelques ordres à donner, dit-il d'une voix parfaitement calme. Je vous quitte, monsieur Morand. Morand tendit la main à Dixmer et le regarda s'éloigner.
—Pauvre Dixmer, dit-il, j'ai bien peur que, dans tout cela, ce ne soit lui qui risque le plus.