—Comme un frère! vous aimeriez ce pauvre Boniface comme un frère! et il pourrait vous aimer comme une sœur, lui! il pourrait vous prendre de temps en temps la main comme il vous la tient dans ce moment-ci! il pourrait vous embrasser quelquefois comme il embrasse Mélie et Naïs? Oh! parlez, mademoiselle Bathilde, que faut-il faire pour cela?
—Mon ami, dit Bathilde....
—Oh! elle m'a appelé son ami, dit Boniface; elle m'a appelé son ami, moi qui ai dit des horreurs d'elle. Tenez, mademoiselle Bathilde, ne m'appelez pas votre ami; je ne suis pas digne de ce nom-là. Vous ne savez pas ce que j'ai dit: j'ai dit que vous viviez avec un vieux; mais je n'en croyais rien, mademoiselle Bathilde, parole d'honneur! voyez vous, c'était la colère, c'était la rage. Mademoiselle Bathilde, appelez-moi gueux, appelez-moi scélérat. Tenez, ça me fera moins de peine que de vous entendre m'appeler votre ami. Ah! scélérat de Boniface! ah! gueux de Boniface!
—Mon ami, dit Bathilde, si vous avez dit tout cela je vous pardonne; car, aujourd'hui, non seulement vous pouvez réparer ce tort, mais encore acquérir des droits éternels à ma reconnaissance.
—Et que faut-il faire pour cela? Voyons, dites. Faut-il passer dans le feu? faut-il sauter par la fenêtre du deuxième? faut-il... je ne sais pas quoi? je le ferai; dites! n'importe, ça m'est égal. Dites, je vous supplie....
—Non, mon ami, dit Bathilde; ce que j'ai à vous demander est plus facile à faire que tout cela.
—Dites, alors, dites, mademoiselle Bathilde.
—Et cependant, il faut me jurer d'abord que vous le ferez.
—En vérité Dieu! mademoiselle Bathilde.
—Quelque chose qu'on vous dise pour vous en empêcher?