—Malezieux, dit la duchesse, voilà une enfant que vous allez conduire à la duchesse de Berry, à qui vous la recommanderez de ma part. Il faut qu'elle voie le régent, et cela sur l'heure, vous entendez? il s'agit de la vie d'un homme. Et, tenez, de celle de ce cher d'Harmental, que je donnerais moi même tant de choses pour sauver.
—J'y vais, madame, dit Malezieux.
—Vous le voyez, mon enfant, dit la duchesse, je fais tout ce que je puis faire, si je puis vous être utile à autre chose, si pour séduire un geôlier, si pour préparer sa fuite vous avez besoin d'argent, je n'en ai pas beaucoup, mais il me reste quelques diamants, et ils ne pourraient jamais être mieux employés qu'à sauver la vie d'un si brave gentilhomme. Allons, ne perdez pas de temps, embrassez-moi et allez trouver ma nièce; vous savez que c'est la favorite de son père.
—Oh! madame, dit Bathilde, je sais que vous êtes un ange, et, si je réussis, je vous devrai plus que ma vie.
—Pauvre petite! dit la duchesse en regardant Bathilde s'éloigner; puis, lorsqu'elle eut disparu:
—Allons, Delaunay, continua madame du Maine, qui effectivement s'attendait à être arrêtée d'un moment à l'autre, reprenons nos malles.
Pendant ce temps, Bathilde, accompagnée de Malezieux, était remontée dans sa voiture, et avait pris le chemin du Luxembourg où vingt minutes après elle était arrivée.
Grâce au patronage de Malezieux, Bathilde entra sans difficulté, on la fit passer dans un petit boudoir où on la pria d'attendre, tandis que le chancelier, introduit auprès de Son Altesse Royale, la préviendrait de la grâce qu'on avait à lui demander. Malezieux s'acquitta de la commission avec tout le zèle qu'il portait aux choses recommandées par madame du Maine, et Bathilde n'avait pas attendu dix minutes qu'elle le vit rentrer avec la duchesse de Berry.
La duchesse avait un cœur excellent; aussi avait-elle été vivement touchée du récit que lui avait fait Malezieux; si bien que lorsqu'elle parut, il n'y avait pas à se tromper sur l'intérêt que lui inspirait d'avance la jeune fille qui venait solliciter sa protection. Bathilde s'aperçut de ses dispositions bienveillantes, et vint à elle les mains jointes. La duchesse lui prit les mains.
Bathilde voulut tomber à ses pieds, mais la duchesse la retint, et, l'embrassant au front: