—Des liens très étroits, vous, ma sœur? Oh! contez-moi cela, je vous prie.
—Oui, M. Philippe de Taverney fut le premier Français qui s'offrit à mes yeux quand j'arrivai en France et je m'étais promis bien sincèrement de faire le bonheur du premier Français que je rencontrerais.
Philippe sentit la rougeur monter à son front. Il mordit ses lèvres pour rester impassible.
Andrée le regarda et baissa la tête.
Marie-Antoinette surprit un de ces regards que le frère et la sœur avaient échangés; mais comment eût-elle deviné tout ce qu'un pareil regard cachait de secrets douloureusement entassés!
Marie-Antoinette ne savait rien des événements que nous avons racontés dans la première partie de cette histoire.
L'apparente tristesse que saisit la reine, elle l'attribua à une autre cause. Pourquoi, lorsque tant de gens s'étaient épris d'amour pour la dauphine, en 1774, pourquoi M. de Taverney n'aurait-il pas un peu souffert de cet amour épidémique des Français pour la fille de Marie-Thérèse?
Rien ne rendrait cette supposition invraisemblable, rien, pas même l'inspection passée au miroir de cette beauté de jeune fille devenue femme et reine.
Marie-Antoinette attribua donc le soupir de Philippe à quelque confidence de ce genre, faite à la sœur par le frère. Elle sourit au frère et caressa la sœur de ses plus aimables regards; elle n'avait pas deviné tout à fait, elle ne s'était pas tout à fait trompée, et dans cette innocente coquetterie que nul ne voie un crime! La reine fut toujours femme, elle se glorifiait d'être aimée. Certaines âmes ont cette aspiration vers la sympathie de tous ceux qui les entourent: ce ne sont pas les âmes les moins généreuses en ce monde.
Hélas! il viendra un moment, pauvre reine, où ce sourire qu'on te reproche envers les gens qui t'aiment, tu l'adresseras en vain aux gens qui ne t'aiment plus.