Celle-ci n'adressa point de prières au ciel, celle-ci ne fit point de vœux pour l'avenir, elle n'avait rien à espérer, rien à craindre; elle n'était rien aux hommes, rien à Dieu.

Quand le prêtre parlait, quand la cloche sacrée tintait, quand s'accomplissait autour d'elle le mystère divin:

«Suis-je seulement une chrétienne, moi? se disait Andrée. Suis-je un être comme les autres, une créature pareille aux autres? M'as-tu faite pour la pitié, toi qu'on appelle Dieu souverain, arbitre de toutes choses? Toi qu'on dit juste par excellence et qui m'as toujours punie sans que j'eusse jamais péché! Toi qu'on dit le Dieu de paix et d'amour, et à qui je dois de vivre dans le trouble, les colères, les vengeances sanglantes! Toi à qui je dois d'avoir pour mon plus mortel ennemi le seul homme que j'eusse aimé!

«Non, continua-t-elle, non, les choses de ce monde et les lois de Dieu ne me regardent pas! Sans doute ai-je été maudite avant de naître, et mise en naissant hors la loi de l'humanité.»

Puis, revenant à son passé douloureux:

—Étrange! étrange! murmurait-elle. Il y a là, près de moi, un homme dont le nom seul prononcé me faisait mourir de bonheur. Si cet homme fût venu me demander pour moi-même, j'eusse été forcée de me rouler à ses pieds, de lui demander pardon pour ma faute d'autrefois, pour votre faute, mon Dieu! Et cet homme que j'adorais m'eût peut-être repoussée. Voilà qu'aujourd'hui cet homme m'épouse, et c'est lui qui viendra me demander pardon à genoux! Étrange! oh! oui, oui, bien étrange!

À ce moment, la voix de l'officiant frappa son oreille. Elle disait:

—Jacques-Olivier de Charny, prenez-vous pour épouse Marie-Andrée de Taverney?

—Oui, répondit d'une voix ferme Olivier.

—Et vous, Marie-Andrée de Taverney, prenez-vous pour époux Jacques-Olivier de Charny?