Une larme humecta la paupière aride du vieillard.

«Eh bien, continua Valentine, c’était pour échapper à ce mariage qui fait mon désespoir.»

La respiration de Noirtier devint haletante.

«Alors, ce mariage te fait bien du chagrin, bon père? Ô mon Dieu, si tu pouvais m’aider, si nous pouvions à nous deux rompre leur projet! Mais tu es sans force contre eux, toi dont l’esprit cependant est si vif et la volonté si ferme, mais quand il s’agit de lutter tu es aussi faible et même plus faible que moi. Hélas! tu eusses été pour moi un protecteur si puissant aux jours de ta force et de ta santé; mais aujourd’hui tu ne peux plus que me comprendre et te réjouir ou t’affliger avec moi. C’est un dernier bonheur que Dieu a oublié de m’enlever avec les autres.»

Il y eut à ces paroles, dans les yeux de Noirtier, une telle impression de malice et de profondeur, que la jeune fille crut y lire ces mots:

«Tu te trompes, je puis encore beaucoup pour toi.

—Tu peux quelque chose pour moi, cher bon papa? traduisit Valentine.

—Oui.»

Noirtier leva les yeux au ciel. C’était le signe convenu entre lui et Valentine lorsqu’il désirait quelque chose.

«Que veux-tu, cher père? voyons.»