—Eh bien, mon pauvre ami, répondit Beauchamp, je vous attendais.

—Me voilà. Je ne vous dirai pas, Beauchamp, que je vous crois trop loyal et trop bon pour avoir parlé de cela à qui que ce soit; non, mon ami. D'ailleurs, le message que vous m'avez envoyé m'est un garant de votre affection. Ainsi ne perdons pas de temps en préambule: vous avez quelque idée de quelle part vient le coup?

—Je vous en dirai deux mots tout à l'heure.

—Oui, mais auparavant, mon ami, vous me devez, dans tous ses détails, l'histoire de cette abominable trahison.»

Et Beauchamp raconta au jeune homme, écrasé de honte et de douleur, les faits que nous allons redire dans toute leur simplicité.

Le matin de l'avant-veille, l'article avait paru dans un journal autre que L'Impartial, et, ce qui donnait plus de gravité encore à l'affaire, dans un journal bien connu pour appartenir au gouvernement. Beauchamp déjeunait lorsque la note lui sauta aux yeux, il envoya aussitôt chercher un cabriolet, et sans achever son repas, il courut au journal.

Quoique professant des sentiments politiques complètement opposés à ceux du gérant du journal accusateur, Beauchamp, ce qui arrive quelquefois, et nous dirons même souvent, était son intime ami.

Lorsqu'il arriva chez lui, le gérant tenait son propre journal et paraissait se complaire dans un premier-Paris sur le sucre de betterave, qui, probablement, était de sa façon.

«Ah! pardieu! dit Beauchamp, puisque vous tenez votre journal, mon cher, je n'ai pas besoin de vous dire ce qui m'amène.

—Seriez-vous par hasard partisan de la canne à sucre? demanda le gérant du journal ministériel.