—Rappelez-vous Pérouse, la treille de l'auberge de la Poste, l'homme au manteau brun, que votre belle-mère interrogeait sur l'aqua-tofana; eh bien, dès cette époque, tout cet infernal projet mûrissait dans son cerveau.
—Oh! monsieur, s'écria la douce jeune fille en fondant en larmes, je vois bien, s'il en est ainsi, que je suis condamnée à mourir.
—Non, Valentine, non, car j'ai prévu tous les complots; non, car notre ennemie est vaincue, puisqu'elle est devinée; non, vous vivrez, Valentine, vous vivrez pour aimer et être aimée, vous vivrez pour être heureuse et rendre un noble cœur heureux; mais pour vivre, Valentine, il faut avoir bien confiance en moi.
—Ordonnez, monsieur, que faut-il faire?
—Il faut prendre aveuglément ce que je vous donnerai.
—Oh! Dieu m'est témoin, s'écria Valentine, que si j'étais seule, j'aimerais mieux me laisser mourir!
—Vous ne vous confierez à personne, pas même à votre père.
—Mon père n'est pas de cet affreux complot, n'est-ce pas, monsieur? dit Valentine en joignant les mains.
—Non, et cependant votre père, l'homme habitué aux accusations juridiques, votre père doit se douter que toutes ces morts qui s'abattent sur sa maison ne sont point naturelles. Votre père, c'est lui qui aurait dû veiller sur vous, c'est lui qui devrait être à cette heure à la place que j'occupe; c'est lui qui devrait déjà avoir vidé ce verre; c'est lui qui devrait déjà s'être dressé contre l'assassin. Spectre contre spectre, murmura-t-il, en achevant tout haut sa phrase.
—Monsieur, dit Valentine, je ferai tout pour vivre, car il existe deux êtres au monde qui m'aiment à en mourir si je mourais: mon grand-père et Maximilien.