À tout sommeil qui n'est pas celui que redoutait Danglars, il y a un réveil.

Danglars se réveilla.

Pour un Parisien habitué aux rideaux de soie, aux parois veloutées des murailles, au parfum qui monte du bois blanchissant dans la cheminée et qui descend des voûtes de satin, le réveil dans une grotte de pierre crayeuse doit être comme un rêve de mauvais aloi.

En touchant ses courtines de peau de bouc, Danglars devait croire qu'il rêvait Samoïèdes ou Lapons.

Mais en pareille circonstance une seconde suffit pour changer le doute le plus robuste en certitude.

«Oui, oui, murmura-t-il, je suis aux mains des bandits dont nous a parlé Albert de Morcerf.»

Son premier mouvement fut de respirer, afin de s'assurer qu'il n'était pas blessé: c'était un moyen qu'il avait trouvé dans Don Quichotte, le seul livre, non pas qu'il eût lu, mais dont il eût retenu quelque chose.

«Non, dit-il, ils ne m'ont tué ni blessé, mais ils m'ont volé peut-être?»

Et il porta vivement ses mains à ses poches. Elles étaient intactes: les cent louis qu'il s'était réservés pour faire son voyage de Rome à Venise étaient bien dans la poche de son pantalon, et le portefeuille dans lequel se trouvait la lettre de crédit de cinq millions cinquante mille francs était bien dans la poche de sa redingote.

«Singuliers bandits, se dit-il, qui m'ont laissé ma bourse et mon portefeuille! Comme je le disais hier en me couchant, ils vont me mettre à rançon. Tiens! j'ai aussi ma montre! Voyons un peu quelle heure il est.»