La montre de Danglars, chef-d'œuvre de Bréguet, qu'il avait remontée avec soin la veille avant de se mettre en route, sonna cinq heures et demie du matin. Sans elle, Danglars fût resté complètement incertain sur l'heure, le jour ne pénétrant pas dans sa cellule.
Fallait-il provoquer une explication des bandits? fallait-il attendre patiemment qu'ils la demandassent? La dernière alternative était la plus prudente: Danglars attendit.
Il attendit jusqu'à midi.
Pendant tout ce temps, une sentinelle avait veillé à sa porte. À huit heures du matin, la sentinelle avait été relevée.
Il avait alors pris à Danglars l'envie de voir par qui il était gardé.
Il avait remarqué que des rayons de lumière, non pas de jour, mais de lampe, filtraient à travers les ais de la porte mal jointe, il s'approcha d'une de ces ouvertures au moment juste où le bandit buvait quelques gorgées d'eau-de-vie, lesquelles, grâce à l'outre de peau qui les contenait, répandaient une odeur qui répugna fort à Danglars.
«Pouah!» fit-il en reculant jusqu'au fond de sa cellule.
À midi, l'homme à l'eau-de-vie fut remplacé par un autre factionnaire. Danglars eut la curiosité de voir son nouveau gardien; il s'approcha de nouveau de la jointure.
Celui-là était un athlétique bandit, un Goliath aux gros yeux, aux lèvres épaisses, au nez écrasé; sa chevelure rousse pendait sur ses épaules en mèches tordues comme des couleuvres.
«Oh! oh! dit Danglars, celui ici ressemble plus à un ogre qu'à une créature humaine; en tout cas, je suis vieux et assez coriace; gros blanc pas bon à manger.»