La question d’Athos fut faite de si bonne foi, et le gentilhomme avait l’air si naïvement surpris, que les trois officiers échangèrent un regard. Le lieutenant prit la parole par une espèce de convention tacite des deux autres officiers.
— Monsieur, dit-il, le général vous a quitté hier sur les limites du monastère?
— Oui, monsieur.
— Et vous êtes allé...?
— Ce n’est point à moi de vous répondre, c’est à ceux qui m’ont accompagné. Ce sont vos soldats, interrogez-les.
— Mais s’il nous plaît de vous interroger, vous?
— Alors il me plaira de vous répondre, monsieur, que je ne relève de personne ici, que je ne connais ici que le général, et que ce n’est qu’à lui que je répondrai.
— Soit, monsieur, mais comme nous sommes les maîtres, nous nous érigeons en conseil de guerre, et quand vous serez devant des juges, il faudra bien que vous leur répondiez.
La figure d’Athos n’exprima que l’étonnement et le dédain, au lieu de la terreur qu’à cette menace les officiers comptaient y lire.
— Des juges écossais ou anglais, à moi, sujet du roi de France; à moi, placé sous la sauvegarde de l’honneur britannique! Vous êtes fous, messieurs! dit Athos en haussant les épaules.