— Les pécheurs? répliqua Mazarin. Me dites-vous ce mot avec ironie et pour me reprocher toutes les généalogies que j’ai laissé faire sur mon compte... moi, fils de pêcheur, en effet?

— Hum! fit le théatin.

— C’est là un premier péché, mon révérend; car enfin, j’ai souffert qu’on me fît descendre des vieux consuls de Rome, T. Geganius Macerinus Ier, Macerinus II et Proculus Macerinus III, dont parle la chronique de Haolander... De Macerinus à Mazarin, la proximité était tentante. Macerinus, diminutif, veut dire maigrelet. Oh! mon révérend, Mazarini peut signifier aujourd’hui, à l’augmentatif, maigre comme un Lazare. Voyez!

Et il montra ses bras décharnés et ses jambes dévorées par la fièvre.

— Que vous soyez né d’une famille de pêcheurs, reprit le théatin, je n’y vois rien de fâcheux pour vous... car enfin, saint Pierre était un pêcheur, et si vous êtes prince de l’Église, monseigneur, il en a été le chef suprême. Passons, s’il vous plaît.

— D’autant plus que j’ai menacé de la Bastille un certain Bounet, prêtre d’Avignon, qui voulait publier une généalogie de Casa Mazarini beaucoup trop merveilleuse.

— Pour être vraisemblable? répliqua le théatin.

— Oh! alors, si j’eusse agi dans cette idée, mon révérend, c’était vice d’orgueil... autre péché.

— C’était excès d’esprit, et jamais on ne peut reprocher à personne ces sortes d’abus. Passons, passons.

— J’en étais à l’orgueil... Voyez-vous, mon révérend, je vais tâcher de diviser cela par péchés capitaux.