— Oh! s’écria Fouquet, comme s’il entrevoyait sous ses pieds un abîme aperçu, impossible! impossible! Mais qui a passé un crayon sur les traces de celui de M. Colbert?
— Moi. J’avais peur que le premier trait ne s’effaçât.
— Oh! je saurai tout.
— Vous ne saurez rien, monsieur; vous méprisez trop votre ennemi pour cela.
— Pardonnez-moi, chère marquise, excusez-moi; oui, M. Colbert est mon ennemi, je le crois; oui, M. Colbert est un homme à craindre, je l’avoue. Mais... mais, j’ai le temps, et puisque vous voilà, puisque vous m’avez assuré de votre dévouement, puisque vous m’avez laissé entrevoir votre amour, puisque nous sommes seuls...
— Je suis venue pour vous sauver, monsieur Fouquet, et non pour me perdre, dit la marquise en se relevant; ainsi, gardez-vous...
— Marquise, en vérité, vous vous effrayez par trop, et à moins que cet effroi ne soit un prétexte...
— C’est un cœur profond que ce M. Colbert! gardez-vous...
Fouquet se redressa à son tour.
— Et moi? demanda-t-il.