Pellisson et Gourville marchaient en se tenant par le bras, comme s’ils causaient de sujets vagues et légers.
Loret et deux officiers les imitaient en sens inverse. L’abbé Fouquet se promenait seul.
Fouquet, avec M. de Chanost, marchait aussi comme s’il eût été absorbé par la conversation de son gendre.
— Messieurs, dit-il, que personne de vous ne lève la tête en marchant et ne paraisse faire attention à moi; continuez de marcher, nous sommes seuls, écoutez-moi.
Un grand silence se fit, troublé seulement par les cris lointains des joyeux convives qui prenaient place dans les bosquets pour mieux voir les fusées.
C’était un bizarre spectacle que celui de ces hommes marchant comme par groupes, comme occupés chacun à quelque chose, et pourtant attentifs à la parole d’un seul d’entre eux, qui, lui-même, ne semblait parler qu’à son voisin.
— Messieurs, dit Fouquet, vous avez remarqué, sans doute, que deux de nos amis manquaient ce soir à la réunion du mercredi... Pour Dieu! l’abbé, ne vous arrêtez pas, ce n’est pas nécessaire pour écouter; marchez, de grâce, avec vos airs de tête les plus naturels, et comme vous avez la vue perçante, mettez-vous à la fenêtre ouverte, et si quelqu’un revient vers la galerie, prévenez-nous en toussant.
L’abbé obéit.
— Je n’ai pas remarqué les absents, dit Pellisson, qui, à ce moment, tournait absolument le dos à Fouquet et marchait en sens inverse.
— Moi, dit Loret, je ne vois pas M. Lyodot, qui me fait ma pension.