Ce cri devient le mot d’ordre des mousquetaires, qui, guidés par lui, rejoignent d’Artagnan.
Pendant ce temps les archers se remettent de la panique qu’ils ont éprouvée, chargent les agresseurs en queue, et, réguliers comme des moulins, foulent et abattent tout ce qu’ils rencontrent. La foule, qui voit reluire les épées, voler en l’air les gouttes de sang, la foule fuit et s’écrase elle-même.
Enfin des cris de miséricorde et de désespoir retentissent; c’est l’adieu des vaincus. Les deux condamnés sont retombés aux mains des archers.
D’Artagnan s’approche d’eux, et les voyant pâles et mourants:
— Consolez-vous, pauvres gens, dit-il, vous ne subirez pas le supplice affreux dont ces misérables vous menaçaient. Le roi vous a condamnés à être pendus. Vous ne serez que pendus. Çà! qu’on les pende, et voilà tout.
Il n’y a plus rien à l’Image-de-Notre-Dame. Le feu a été éteint avec deux tonnes de vin à défaut d’eau. Les conjurés ont fui par le jardin. Les archers entraînent les patients aux potences.
L’affaire ne fut pas longue à partir de ce moment.
L’exécuteur, peu soucieux d’opérer selon les formes de l’art, se hâte et expédie les deux malheureux en une minute.
Cependant on s’empresse autour de d’Artagnan; on le félicite, on le caresse. Il essuie son front ruisselant de sueur, son épée ruisselante de sang, hausse les épaules en voyant Menneville qui se tord à ses pieds dans les dernières convulsions de l’agonie. Et tandis que Raoul détourne les yeux avec compassion, il montre aux mousquetaires les potences chargées de leurs tristes fruits.
— Pauvres diables! dit-il, j’espère qu’ils sont morts en me bénissant, car je leur en ai sauvé de belles.