— Nous voici arrivés, dit Porthos, détournant la conversation avec sa modestie ordinaire.

«Et il était temps, pensa d’Artagnan, car le cheval d’Aramis fond comme un cheval de glace.»

Ils entrèrent presque au même instant dans le faubourg, mais à peine eurent-ils fait cent pas, qu’ils furent surpris de voir les rues jonchées de feuillages et de fleurs.

Aux vieilles murailles de Vannes pendaient les plus vieilles et les plus étranges tapisseries de France.

Des balcons de fer tombaient de longs draps blancs tout parsemés de bouquets.

Les rues étaient désertes; on sentait que toute la population était rassemblée sur un point.

Les jalousies étaient closes, et la fraîcheur pénétrait dans les maisons sous l’abri des tentures, qui faisaient de larges ombres noires entre leurs saillies et les murailles. Soudain, au détour d’une rue, des chants frappèrent les oreilles des nouveaux débarqués. Une foule endimanchée apparut à travers les vapeurs de l’encens qui montait au ciel en bleuâtres flocons, et les nuages de feuilles de roses voltigeant jusqu’aux premiers étages. Au-dessus de toutes les têtes, on distinguait les croix et les bannières, signes sacrés de la religion.

Puis, au-dessous de ces croix et de ces bannières, et comme protégées par elles, tout un monde de jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de bleuets.

Aux deux côtés de la rue, enfermant le cortège, s’avançaient les soldats de la garnison, portant des bouquets dans les canons de leurs fusils et à la pointe de leurs lances.

C’était une procession.