— Son départ! murmura-t-il. Que dit-il donc?
Philippe continua avec son même air gracieux:
— Que le roi de la Grande-Bretagne vous rappelle, monsieur, je conçois cela; on sait que Sa Majesté Charles II, qui se connaît en gentilshommes, ne peut se passer de vous. Mais que nous vous perdions sans regret, cela ne se peut comprendre; recevez donc l’expression des miens.
— Monseigneur, dit le duc, croyez que si je quitte la cour de France…
— C’est qu’on vous rappelle, je comprends cela; mais enfin, si vous croyez que mon désir ait quelque poids près du roi, je m’offre à supplier Sa Majesté Charles II de vous laisser avec nous quelque temps encore.
— Tant d’obligeance me comble, monseigneur, répondit Buckingham; mais j’ai reçu des ordres précis. Mon séjour en France était limité; je l’ai prolongé au risque de déplaire à mon gracieux souverain. Aujourd’hui seulement, je me rappelle que, depuis quatre jours, je devrais être parti.
— Oh! fit Monsieur.
— Oui, mais, ajouta Buckingham en élevant la voix, même de manière à être entendu des princesses, mais je ressemble à cet homme de l’orient qui, pendant plusieurs jours, devint fou d’avoir fait un beau rêve, et qui, un beau matin, se réveilla guéri, c’est-à-dire raisonnable. La cour de France a des enivrements qui peuvent ressembler à ce rêve, monseigneur, mais on se réveille enfin et l’on part. Je ne saurais donc prolonger mon séjour comme Votre Altesse veut bien me le demander.
— Et quand partez-vous? demanda Philippe d’un air plein de sollicitude.
— Demain, monseigneur… Mes équipages sont prêts depuis trois jours.