— Courons, dirent-elles toutes trois.
Et relevant gracieusement les longs plis de leurs robes de soie, elles franchirent lestement l’espace qui s’étendait entre l’étang et la partie la plus ombragée du parc.
Montalais, légère comme une biche, Athénaïs, ardente comme une jeune louve, bondissaient dans l’herbe sèche, et parfois un Actéon téméraire eût pu apercevoir dans la pénombre leur jambe pure et hardie se dessinant sous l’épais contour des jupes de satin.
La Vallière, plus délicate et plus pudique, laissa flotter ses robes; retardée ainsi par la faiblesse de son pied, elle ne tarda point à demander sa grâce.
Et, demeurée en arrière, elle força ses deux compagnes à l’attendre.
En ce moment, un homme, caché dans un fossé plein de jeunes pousses de saules, remonta vivement sur le talus de ce fossé et se mit à courir dans la direction du château.
Les trois femmes, de leur côté, atteignirent les lisières du parc, dont toutes les allées leur étaient connues.
De grandes allées fleuries s’élevaient autour des fossés; des barrières fermées protégeaient de ce côté les promeneurs contre l’envahissement des chevaux et des calèches.
En effet, on entendait rouler dans le lointain, sur le sol ferme des chemins, les carrosses des reines et de Madame. Plusieurs cavaliers les suivaient avec le bruit si bien imité par les vers cadencés de Virgile.
Quelques musiques lointaines répondaient au bruit, et, quand les harmonies cessaient, le rossignol, chanteur plein d’orgueil, envoyait à la compagnie qu’il sentait rassemblée sous les ombrages les chants les plus compliqués, les plus suaves et les plus savants.