— Sire, des fortifications ne sont jamais inutiles. J’avais fortifié Belle-Île contre MM. Monck et Lambert et tous ces bourgeois de Londres qui jouaient au soldat. Belle-Île se trouvera toute fortifiée contre les Hollandais à qui ou l’Angleterre ou Votre Majesté ne peut manquer de faire la guerre.
Le roi se tut encore une fois et regarda en dessous Colbert.
— Belle-Île, je crois, ajouta Louis, est à vous, monsieur Fouquet?
— Non, Sire.
— À qui donc alors?
— À Votre Majesté.
Colbert fut saisi d’effroi comme si un gouffre se fût ouvert sous ses pieds.
Louis tressaillit d’admiration, soit pour le génie, soit pour le dévouement de Fouquet.
— Expliquez-vous, monsieur, dit-il.
— Rien de plus facile, Sire; Belle-Île est une terre à moi; je l’ai fortifiée de mes deniers; mais comme rien au monde ne peut s’opposer à ce qu’un sujet fasse un humble présent à son roi, j’offre à Votre Majesté la propriété de la terre dont elle me laissera l’usufruit. Belle-Île, place de guerre, doit être occupée par le roi; Sa Majesté, désormais, pourra y tenir une sûre garnison.