— Ce n’est point répondre, cela, de Guiche.

— Si fait.

— Eh bien! voyons, que répondez-vous?

— Je réponds que, ce jour-là, mon ami, je ne serai pas plus mort que je ne le suis aujourd’hui.

— Je ne comprends pas.

— Oui; tant d’alternatives m’ont usé! Aujourd’hui, je ne suis plus un être pensant, agissant; aujourd’hui, je ne vaux plus un homme, si médiocre qu’il soit; aussi, vois-tu, aujourd’hui mes dernières forces se sont éteintes, mes dernières résolutions se sont évanouies, et je renonce à lutter. Quand on est au camp, comme nous y avons été ensemble, et qu’on part seul pour escarmoucher, parfois on rencontre un parti de cinq ou six fourrageurs, et, quoique seul, on se défend; alors, il en survient six autres, on s’irrite et l’on persévère; mais, s’il en arrive encore, six, huit, dix autres à la traverse, on se met à piquer son cheval, si l’on a encore un cheval, ou bien on se fait tuer pour ne pas fuir. Eh bien! j’en suis là: j’ai d’abord lutté contre moi-même; puis contre Buckingham. Maintenant, le roi est venu; je ne lutterai pas contre le roi, ni même, je me hâte de te le dire, le roi se retirât-il, ni même contre le caractère tout seul de cette femme. Oh! je ne m’abuse point: entré au service de cet amour, je m’y ferai tuer.

— Ce n’est point à elle qu’il faut faire des reproches, répondit Raoul, c’est à toi.

— Pourquoi cela?

— Comment, tu connais la princesse un peu légère, fort éprise de nouveauté, sensible à la louange, dût la louange lui venir d’un aveugle ou d’un enfant, et tu prends feu au point de te consumer toi-même? Regarde la femme, aime-la; car quiconque n’a pas le cœur pris ailleurs ne peut la voir sans l’aimer. Mais, tout en l’aimant, respecte en elle, d’abord, le rang de son mari, puis lui-même, puis, enfin, ta propre sûreté.

— Merci, Raoul.