— Et de quoi?

— De ce que, voyant que je souffre par cette femme, tu me consoles, de ce que tu me dis d’elle tout le bien que tu en penses et peut-être même celui que tu ne penses pas.

— Oh! fit Raoul, tu te trompes, de Guiche, ce que je pense je ne le dis pas toujours, et alors je ne dis rien; mais, quand je parle, je ne sais ni feindre ni tromper, et qui m’écoute peut me croire.

Pendant ce temps, Madame, le cou tendu, l’oreille avide, l’œil dilaté et cherchant à voir dans l’obscurité, pendant ce temps, Madame aspirait avidement jusqu’au moindre souffle qui bruissait dans les branches.

— Oh! je la connais mieux que toi, alors! s’écria de Guiche. Elle n’est pas légère, elle est frivole; elle n’est pas éprise de nouveauté, elle est sans mémoire et sans foi; elle n’est pas purement et simplement sensible aux louanges, mais elle est coquette avec raffinement et cruauté. Mortellement coquette! oh! oui, je le sais. Tiens, crois-moi, Bragelonne, je souffre tous les tourments de l’enfer; brave, aimant passionnément le danger, je trouve un danger plus grand que ma force et mon courage. Mais, vois-tu, Raoul, je me réserve une victoire qui lui coûtera bien des larmes.

Raoul regarda son ami, et, comme celui-ci, presque étouffé par l’émotion, renversait sa tête contre le tronc du chêne:

— Une victoire! demanda-t-il, et laquelle?

— Laquelle?

— Oui.

— Un jour, je l’aborderai; un jour, je lui dirai: «J’étais jeune, j’étais fou d’amour; j’avais pourtant assez de respect pour tomber à vos pieds et y demeurer le front dans la poussière si vos regards ne m’eussent relevé jusqu’à votre main. Je crus comprendre vos regards, je me relevai, et, alors, sans que je vous eusse rien fait que vous aimer davantage encore, si c’était possible, alors vous m’avez, de gaieté de cœur, terrassé par un caprice, femme sans cœur, femme sans foi, femme sans amour! Vous n’êtes pas digne, toute princesse de sang royal que vous êtes, vous n’êtes pas digne de l’amour d’un honnête homme; et je me punis de mort pour vous avoir trop aimée, et je meurs en vous haïssant.»