— Oh! s’écria Raoul épouvanté de l’accent de profonde vérité qui perçait dans les paroles du jeune homme, oh! je te l’avais bien dit, de Guiche, que tu étais un fou.

— Oui, oui, s’écria de Guiche poursuivant son idée, puisque nous n’avons plus de guerres ici, j’irai là-bas, dans le Nord, demander du service à l’Empire, et quelque Hongrois, quelque Croate, quelque Turc me fera bien la charité d’une balle.

De Guiche n’acheva point, ou plutôt, comme il achevait, un bruit le fit tressaillir qui mit sur pied Raoul au même moment.

Quant à de Guiche, absorbé dans sa parole et dans sa pensée, il resta assis, la tête comprimée entre ses deux mains.

Les buissons s’ouvrirent, et une femme apparut devant les deux jeunes gens, pâle, en désordre. D’une main, elle écartait les branches qui eussent fouetté son visage, et, de l’autre, elle relevait le capuchon de la mante dont ses épaules étaient couvertes.

À cet œil humide et flamboyant, à cette démarche royale, à la hauteur de ce geste souverain, et, bien plus encore qu’à tout cela, au battement de son cœur, de Guiche reconnut Madame, et, poussant un cri, il ramena ses mains de ses tempes sur ses yeux.

Raoul, tremblant, décontenancé, roulait son chapeau dans ses mains, balbutiant quelques vagues formules de respect.

— Monsieur de Bragelonne, dit la princesse, veuillez, je vous prie, voir si mes femmes ne sont point quelque part là-bas dans les allées ou dans les quinconces. Et vous, monsieur le comte, demeurez, je suis lasse, vous me donnerez votre bras.

La foudre tombant aux pieds du malheureux jeune homme l’eût moins épouvanté que cette froide et sévère parole.

Néanmoins, comme, ainsi qu’il venait de le dire, il était brave, comme il venait, au fond du cœur, de prendre toutes ses résolutions, de Guiche se redressa, et, voyant l’hésitation de Bragelonne, lui adressa un coup d’œil plein de résignation et de suprême remerciement.