Au lieu de répondre à l’instant même à Madame, il fit un pas vers le vicomte, et, lui tendant la main que la princesse lui avait demandée, il serra la main toute loyale de son ami avec un soupir, dans lequel il semblait donner à l’amitié tout ce qui restait de vie au fond de son cœur.

Madame attendit, elle si fière, elle qui ne savait pas attendre, Madame attendit que ce colloque muet fût achevé.

Sa main, sa royale main demeura suspendue en l’air, et, quand Raoul fut parti, retomba sans colère, mais non sans émotion, dans celle de Guiche.

Ils étaient seuls au milieu de la forêt sombre et muette, et l’on n’entendait plus que le pas de Raoul s’éloignant avec précipitation par les sentiers ombreux.

Sur leur tête s’étendait la voûte épaisse et odorante du feuillage de la forêt, par les déchirures duquel on voyait briller çà et là quelques étoiles.

Madame entraîna doucement de Guiche à une centaine de pas de cet arbre indiscret qui avait entendu et laissé entendre tant de choses dans cette soirée, et, le conduisant à une clairière voisine qui permettait de voir à une certaine distance autour de soi:

— Je vous amène ici, dit-elle toute frémissante, parce que là-bas où nous étions, toute parole s’entend.

— Toute parole s’entend, dites-vous, madame? répéta machinalement le jeune homme.

— Oui.

— Ce qui veut dire? murmura de Guiche.