— Oh! murmura la jeune fille désespérée, le roi ne me croit pas, le roi ne veut pas me croire.

— Mais non, je ne veux pas vous croire.

— Mon Dieu! mon Dieu!

— Écoutez: quoi de plus naturel, en effet? Le roi me suit, m’écoute, me guette; le roi veut peut-être s’amuser à mes dépens, amusons-nous aux siens, et, comme le roi est un homme de cœur, prenons-le par le cœur.

La Vallière cacha sa tête dans ses mains en étouffant un sanglot. Le roi continua impitoyablement; il se vengeait sur la pauvre victime de tout ce qu’il avait souffert.

— Supposons donc cette fable que je l’aime et que je l’aie distingué. Le roi est si naïf et si orgueilleux à la fois, qu’il me croira, et alors nous irons raconter cette naïveté du roi, et nous rirons.

— Oh! s’écria La Vallière, penser cela, penser cela, c’est affreux!

— Et, poursuivit le roi, ce n’est pas tout: si ce prince orgueilleux vient à prendre au sérieux la plaisanterie, s’il a l’imprudence d’en témoigner publiquement quelque chose comme de la joie, eh bien! devant toute la cour, le roi sera humilié; or, ce sera, un jour, un récit charmant à faire à mon amant, une part de dot à apporter à mon mari, que cette aventure d’un roi joué par une malicieuse jeune fille.

— Sire! s’écria La Vallière égarée, délirante, pas un mot de plus, je vous en supplie; vous ne voyez donc pas que vous me tuez?

— Oh! raillerie, murmura le roi, qui commençait cependant à s’émouvoir.