Et, il faut bien l’avouer, car c’est une onde mobile que le cœur de l’homme, à partir de ce moment, Porthos ne regarda plus Mme Trüchen avec cette grâce touchante qui avait amolli le cœur de l’Anversoise.
Planchet chauffa de son mieux ces dispositions ambitieuses. Il raconta ou plutôt repassa toutes les splendeurs du dernier règne; les batailles, les sièges, les cérémonies. Il dit le luxe des Anglais, les aubaines conquises par les trois braves compagnons, dont d’Artagnan, le plus humble au début, avait fini par devenir le chef.
Il enthousiasma Porthos en lui montrant sa jeunesse évanouie; il vanta comme il put la chasteté de ce grand seigneur et sa religion à respecter l’amitié; il fut éloquent, il fut adroit. Il charma Porthos, fit trembler Trüchen et fit rêver d’Artagnan.
À six heures, le mousquetaire ordonna de préparer les chevaux et fit habiller Porthos.
Il remercia Planchet de sa bonne hospitalité, lui glissa quelques mots vagues d’un emploi qu’on pourrait lui trouver à la Cour, ce qui grandit immédiatement Planchet dans l’esprit de Trüchen, où le pauvre épicier, si bon, si généreux, si dévoué avait baissé depuis l’apparition et le parallèle de deux grands seigneurs.
Car les femmes sont ainsi faites: elles ambitionnent ce qu’elles n’ont pas; elles dédaignent ce qu’elles ambitionnaient, quand elles l’ont.
Après avoir rendu ce service à son ami Planchet d’Artagnan dit à Porthos tout bas:
— Vous avez, mon ami, une bague assez jolie à votre doigt.
— Trois cents pistoles, dit Porthos.
— Mme Trüchen gardera bien mieux votre souvenir si vous lui laissez cette bague-là, répliqua d’Artagnan.