— Mais non. M. Fouquet a des ennemis, vous le reconnaissez?

— Oh! oui.

— Il en a un surtout.

— Dangereux?

— Mortel! Eh bien! pour combattre l’influence de cet ennemi, M. Fouquet a dû faire preuve, devant le roi, d’un grand dévouement et de grands sacrifices. Il a fait une surprise à Sa Majesté en lui offrant Belle-Île. Vous, arrivant le premier à Paris, la surprise était détruite. Nous avions l’air de céder à la crainte.

— Je comprends.

— Voilà tout le mystère, dit Aramis, satisfait d’avoir convaincu le mousquetaire.

— Seulement, dit celui-ci, plus simple était de me tirer à quartier à Belle-Île pour me dire: «Cher amis, nous fortifions Belle-Île-en-Mer pour l’offrir au roi. Rendez-nous le service de nous dire pour qui vous agissez. Êtes-vous l’ami de M. Colbert ou celui de M. Fouquet?» Peut-être n’eussé-je rien répondu; mais vous eussiez ajouté: «Êtes-vous mon ami?» J’aurais dit: «Oui.»

Aramis pencha la tête.

— De cette façon, continua d’Artagnan, vous me paralysiez, et je venais dire au roi: «Sire, M. Fouquet fortifie Belle-Île, et très bien; mais voici un mot que M. le gouverneur de Belle-Île m’a donné pour Votre Majesté.» ou bien: «Voici une visite de M. Fouquet à l’endroit de ses intentions.» Je ne jouais pas un sot rôle; vous aviez votre surprise, et nous n’avions pas besoin de loucher en nous regardant.