— Je vous aime, Sire, depuis le jour où je vous ai vu, depuis qu’à Blois, où je languissais, votre regard royal est tombé sur moi, lumineux et vivifiant; je vous aime! Sire. C’est un crime de lèse-majesté, je le sais, qu’une pauvre fille comme moi aime son roi et le lui dise. Punissez-moi de cette audace, méprisez-moi pour cette imprudence; mais ne dites jamais, mais ne croyez jamais que je vous ai raillé, que je vous ai trahi. Je suis d’un sang fidèle à la royauté, Sire; et j’aime... j’aime mon roi!... Oh! je me meurs!
Et tout à coup, épuisée de force, de voix, d’haleine, elle tomba pliée en deux, pareille à cette fleur dont parle Virgile et qu’a touchée la faux du moissonneur.
Le roi, à ces mots, à cette véhémente supplique, n’avait gardé ni rancune, ni doute; son cœur tout entier s’était ouvert au souffle ardent de cet amour qui parlait un si noble et si courageux langage.
Aussi, lorsqu’il entendit l’aveu passionné de cet amour, il faiblit, et voila son visage dans ses deux mains.
Mais, lorsqu’il sentit les mains de La Vallière cramponnées à ses mains, lorsque la tiède pression de l’amoureuse jeune fille eut gagné ses artères, il s’embrasa à son tour, et, saisissant La Vallière à bras-le-corps, il la releva et la serra contre son cœur.
Mais elle, mourante, laissant aller sa tête vacillante sur ses épaules, ne vivait plus.
Alors le roi, effrayé, appela de Saint-Aignan.
De Saint-Aignan, qui avait poussé la discrétion jusqu’à rester immobile dans son coin en feignant d’essuyer une larme, accourut à cet appel du roi.
Alors il aida Louis à faire asseoir la jeune fille sur un fauteuil, lui frappa dans les mains, lui répandit de l’eau de la reine de Hongrie en lui répétant:
— Mademoiselle, allons, mademoiselle, c’est fini, le roi vous croit, le roi vous pardonne. Eh! là, là! prenez garde, vous allez émouvoir trop violemment le roi, mademoiselle; Sa Majesté est sensible, Sa Majesté a un cœur. Ah! diable! mademoiselle, faites-y attention, le roi est fort pâle.