— À l’âge heureux de Votre Majesté, dit Porthos pour se rattraper, j’étais aux mousquetaires, et nul ne pouvait me rassasier. Votre Majesté a bel appétit, comme j’avais l’honneur de le lui dire, mais elle choisit avec trop de délicatesse pour être appelée un grand mangeur.
Le roi parut charmé de la politesse de son antagoniste.
— Tâterez-vous de ces crèmes? dit-il à Porthos?
— Sire, Votre Majesté me traite trop bien pour que je ne lui dise pas la vérité tout entière.
— Dites, monsieur du Vallon, dites.
— Eh bien! Sire, en fait de sucreries, je ne connais que les pâtes, et encore il faut qu’elles soient bien compactes; toutes ces mousses m’enflent l’estomac, et tiennent une place qui me paraît trop précieuse pour la si mal occuper.
— Ah! messieurs, dit le roi en montrant Porthos voilà un véritable modèle de gastronomie. Ainsi mangeaient nos pères, qui savaient si bien manger, ajouta Sa Majesté, tandis que nous, nous picorons.
Et, en disant ces mots, il prit une assiette de blanc de volaille mêlée de jambon.
Porthos, de son côté, entama une terrine de perdreaux et de râles.
L’échanson remplit joyeusement le verre de Sa Majesté.