— Donnez de mon vin à M. du Vallon, dit le roi.

C’était un des grands honneurs de la table royale, D’Artagnan pressa le genou de son ami.

— Si vous pouvez avaler seulement la moitié de cette hure de sanglier que je vois là, dit-il à Porthos, je vous juge duc et pair dans un an.

— Tout à l’heure, dit flegmatiquement Porthos, je m’y mettrai.

Le tour de la hure ne tarda pas à venir en effet, car le roi prenait plaisir à pousser ce beau convive, il ne fit point passer de mets à Porthos, qu’il ne les eût dégustés lui-même: il goûta donc la hure. Porthos se montra beau joueur, au lieu d’en manger la moitié, comme avait dit d’Artagnan, il en mangea les trois quarts.

— Il est impossible, dit le roi à demi-voix, qu’un gentilhomme qui soupe si bien tous les jours, et avec de si belles dents, ne soit pas le plus honnête homme de mon royaume.

— Entendez-vous? dit d’Artagnan à l’oreille de son ami.

— Oui, je crois que j’ai un peu de faveur, dit Porthos en se balançant sur sa chaise.

— Oh! vous avez le vent en poupe. Oui! oui! oui!

Le roi et Porthos continuèrent de manger ainsi à la grande satisfaction des conviés, dont quelques-uns, par émulation, avaient essayé de les suivre, mais avaient dû renoncer en chemin.