— Blessé à mort! murmura-t-elle d’une voix haletante; oh! monsieur de Manicamp, n’avez-vous pas dit blessé à mort?
Manicamp ne répondit que par un profond soupir.
— Ainsi donc, vous dites que le comte est dangereusement blessé? continua la princesse.
— Eh! madame, il a une main brisée et une balle dans la poitrine.
— Mon Dieu! mon Dieu! reprit la princesse avec l’excitation de la fièvre, c’est affreux, monsieur de Manicamp! Une main brisée, dites-vous? une balle dans la poitrine, mon Dieu! Et c’est ce lâche, ce misérable, c’est cet assassin de de Wardes qui a fait cela! Décidément, le Ciel n’est pas juste.
Manicamp paraissait en proie à une violente émotion. Il avait, en effet, déployé beaucoup d’énergie dans la dernière partie de son plaidoyer.
Quant à Madame, elle n’en était plus à calculer les convenances; lorsque chez elle la passion parlait, colère ou sympathie, rien n’en arrêtait plus l’élan.
Madame s’approcha de Manicamp, qui venait de se laisser tomber sur un siège, comme si la douleur était une assez puissante excuse à commettre une infraction aux lois de l’étiquette.
— Monsieur, dit-elle en lui prenant la main, soyez franc.
Manicamp releva la tête.