La première chose qu’il aperçut, fut le fantôme dressé devant la colonne de son lit.
À cette vue, ses yeux se dilatèrent, mais sans que l’intelligence y allumât sa pure étincelle.
Alors la dame fit un signe à sa compagne, qui était demeurée près de la porte; sans doute celle-ci avait sa leçon faite, car, d’une voix clairement accentuée, et sans hésitation aucune, elle prononça ces mots:
— Monsieur le comte, Son Altesse Royale Madame a voulu savoir comment vous supportiez les douleurs de cette blessure et vous témoigner par ma bouche tout le regret qu’elle éprouve de vous voir souffrir.
Au mot Madame, de Guiche fit un mouvement; il n’avait point encore remarqué la personne à laquelle appartenait cette voix.
Il se retourna donc naturellement vers le point d’où venait cette voix.
Mais, comme la main glacée ne l’avait point abandonné, il en revint à regarder ce fantôme immobile.
— Est-ce vous qui me parlez, madame, demanda-t-il d’une voix affaiblie, ou y avait-il avec vous une autre personne dans cette chambre?
— Oui, répondit le fantôme d’une voix presque inintelligible et en baissant la tête.
— Eh bien! fit le blessé avec effort, merci. Dites à Madame que je ne regrette plus de mourir, puisqu’elle s’est souvenue de moi.