Puis, après un moment de silence et avec un sourire qui n’appartenait qu’à elle:

— Beau masque, ajouta Montalais, teint du sang de ce brave chevalier, tu iras rejoindre au magasin des merveilles les lettres de La Vallière, celles de Raoul, toute cette amoureuse collection enfin qui fera un jour l’histoire de France et l’histoire de la royauté. Tu iras chez M. Malicorne, continua la folle en riant, tandis qu’elle commençait à se déshabiller; chez ce digne M. Malicorne, dit-elle en soufflant sa bougie, qui croit n’être que maître des appartements de Monsieur, et que je fais, moi, archiviste et historiographe de la maison de Bourbon et des meilleures maisons du royaume. Qu’il se plaigne, maintenant, ce bourru de Malicorne!

Et elle tira ses rideaux et s’endormit.

Chapitre CLXI — Le voyage

Le lendemain, jour indiqué pour le départ, le roi, à onze heures sonnantes, descendit, avec les reines et Madame, le grand degré pour aller prendre son carrosse, attelé de six chevaux piaffant au bas de l’escalier.

Toute la cour attendait dans le Fer-à-cheval en habits de voyage; et c’était un brillant spectacle que cette quantité de chevaux sellés, de carrosses attelés, d’hommes et de femmes entourés de leurs officiers, de leurs valets et de leurs pages.

Le roi monta dans son carrosse accompagné des deux reines.

Madame en fit autant avec Monsieur.

Les filles d’honneur imitèrent cet exemple et prirent place, deux par deux, dans les carrosses qui leur étaient destinés.

Le carrosse du roi prit la tête, puis vint celui de Madame, puis les autres suivirent, selon l’étiquette.