Le temps était chaud; un léger souffle d’air, qu’on avait pu croire assez fort le matin pour rafraîchir l’atmosphère, fut bientôt embrasé par le soleil caché sous les nuages, et ne s’infiltra plus, à travers cette chaude vapeur qui s’élevait du sol, que comme un vent brûlant qui soulevait une fine poussière et frappait au visage les voyageurs pressés d’arriver.
Madame fut la première qui se plaignit de la chaleur.
Monsieur lui répondit en se renversant dans le carrosse comme un homme qui va s’évanouir, et il s’inonda de sels et d’eaux de senteur, tout en poussant de profonds soupirs.
Alors Madame lui dit de son air le plus aimable:
— En vérité, monsieur, je croyais que vous eussiez été assez galant, par la chaleur qu’il fait, pour me laisser mon carrosse à moi toute seule et faire la route à cheval.
— À cheval! s’écria le prince avec un accent d’effroi qui fit voir combien il était loin d’adhérer à cet étrange projet; à cheval! Mais vous n’y pensez pas, madame, toute ma peau s’en irait par pièces au contact de ce vent de feu.
Madame se mit à rire.
— Vous prendrez mon parasol, dit-elle.
— Et la peine de le tenir? répondit Monsieur avec le plus grand sang-froid. D’ailleurs, je n’ai pas de cheval.
— Comment! pas de cheval? répliqua la princesse, qui, si elle ne gagnait pas l’isolement, gagnait du moins la taquinerie; pas de cheval? Vous faites erreur, monsieur, car je vois là-bas votre bai favori.