— Mon cheval bai? s’écria le prince en essayant d’exécuter vers la portière un mouvement qui lui causa tant de gêne, qu’il ne l’accomplit qu’à moitié, et qu’il se hâta de reprendre son immobilité.
— Oui, dit Madame, votre cheval, conduit en main par M. de Malicorne.
— Pauvre bête! répliqua le prince, comme il va avoir chaud!
Et, sur ces paroles, il ferma les yeux, pareil à un mourant qui expire.
Madame, de son côté, s’étendit paresseusement dans l’autre coin de la calèche et ferma les yeux aussi, non pas pour dormir, mais pour songer tout à son aise.
Cependant le roi, assis sur le devant de la voiture, dont il avait cédé le fond aux deux reines, éprouvait cette vive contrariété des amants inquiets qui, toujours, sans jamais assouvir cette soif ardente, désirent la vue de l’objet aimé, puis s’éloignent à demi contents sans s’apercevoir qu’ils ont amassé une soif plus ardente encore.
Le roi, marchant en tête comme nous avons dit, ne pouvait, de sa place, apercevoir les carrosses des dames et des filles d’honneur, qui venaient les derniers.
Il lui fallait, d’ailleurs, répondre aux éternelles interpellations de la jeune reine, qui, tout heureuse de posséder son cher mari, comme elle disait dans son oubli de l’étiquette royale, l’investissait de tout son amour, le garrottait de tous ses soins, de peur qu’on ne vînt le lui prendre ou qu’il ne lui prît l’envie de la quitter.
Anne d’Autriche, que rien n’occupait alors que les élancements sourds que, de temps en temps, elle éprouvait dans le sein, Anne d’Autriche faisait joyeuse contenance, et, bien qu’elle devinât l’impatience du roi, elle prolongeait malicieusement son supplice par des reprises inattendues de conversation, au moment où le roi, retombé en lui-même, commençait à y caresser ses secrètes amours.
Tout cela, petits soins de la part de la reine, taquinerie de la part d’Anne d’Autriche, tout cela finit pas sembler insupportable au roi, qui ne savait pas commander aux mouvements de son cœur.