Malicorne fit un mouvement pour tenir l’étrier; Sa Majesté était déjà en selle.
Rendu à la gaieté par cette bonne chance, le roi courut tout souriant au carrosse des reines qui l’attendaient, et malgré l’air effaré de Marie-Thérèse:
— Ah! ma foi! dit-il, j’ai trouvé ce cheval et j’en profite. J’étouffais dans le carrosse. Au revoir, mesdames.
Puis, s’inclinant gracieusement sur le col arrondi de sa monture, il disparut en une seconde.
Anne d’Autriche se pencha pour le suivre des yeux; il n’allait pas bien loin, car, parvenu au sixième carrosse, il fit plier les jarrets de son cheval et ôta son chapeau.
Il saluait La Vallière, qui, à sa vue, poussa un petit cri de surprise, en même temps qu’elle rougissait de plaisir.
Montalais, qui occupait l’autre coin du carrosse, rendit au roi un profond salut. Puis, en femme d’esprit, elle feignit d’être très occupée du paysage, et se retira dans le coin à gauche.
La conversation du roi et de La Vallière commença comme toutes les conversations d’amants, par d’éloquents regards et par quelques mots d’abord vides de sens. Le roi expliqua comment il avait eu chaud dans son carrosse, à tel point qu’un cheval lui avait paru un bienfait.
— Et, ajouta-t-il, le bienfaiteur est un homme tout à fait intelligent, car il m’a deviné. Maintenant, il me reste un désir, c’est de savoir quel est le gentilhomme qui a servi si adroitement son roi, et l’a sauvé du cruel ennui où il était.
Montalais, pendant ce colloque qui, dès les premiers mots, l’avait réveillée, Montalais s’était approchée et s’était arrangée de façon à rencontrer le regard du roi vers la fin de sa phrase.