— Il est vrai, se hâta de dire Madame, que, si la jeune personne n’avait pas été coquette, Mars ne se serait pas occupé d’elle.

Ce mot de Mars ramena une fugitive rougeur sur les joues de la jeune reine; mais elle ne continua pas moins son ouvrage commencé.

— Je ne veux pas qu’à ma Cour on arme ainsi les hommes les uns contre les autres, dit flegmatiquement Anne d’Autriche. Ces mœurs furent peut-être utiles dans un temps où la noblesse, divisée, n’avait d’autre point de ralliement que la galanterie. Alors les femmes, régnant seules, avaient le privilège d’entretenir la valeur des gentilshommes par des essais fréquents. Mais aujourd’hui, Dieu soit loué! il n’y a qu’un seul maître en France. À ce maître est dû le concours de toute force et de toute pensée. Je ne souffrirai pas qu’on enlève à mon fils un de ses serviteurs.

Elle se tourna vers la jeune reine.

— Que faire à cette La Vallière? dit-elle.

— La Vallière? fit la reine paraissant surprise. Je ne connais pas ce nom.

Et cette réponse fut accompagnée d’un de ces sourires glacés qui vont seulement aux bouches royales.

Madame était elle-même une grande princesse, grande par l’esprit, la naissance et l’orgueil; toutefois, le poids de cette réponse l’écrasa; elle fut obligée d’attendre un moment pour se remettre.

— C’est une de mes filles d’honneur, répliqua-t-elle avec un salut.

— Alors, répliqua Marie-Thérèse du même ton, c’est votre affaire, ma sœur... non la nôtre.