De Saint-Aignan ne répliqua pas; il descendit le degré devant le roi et traversa les cours avec une honte que n’effaçait point cet insigne honneur de servir d’appui au roi.

C’est que de Saint-Aignan voulait se conserver tout confit dans l’esprit de Madame et des deux reines. C’est qu’il ne voulait pas non plus déplaire à Mlle de La Vallière, et que pour faire tant de belles choses, il était difficile de ne pas se heurter à quelques difficultés.

Or, les fenêtres de la jeune reine, celles de la reine mère, celles de Madame elle-même donnaient sur la cour des filles. Être vu conduisant le roi, c’était rompre avec trois grandes princesses, avec trois femmes d’un crédit inamovible, pour le faible appât d’un éphémère crédit de maîtresse.

Ce malheureux de Saint-Aignan, qui avait tant de courage pour protéger La Vallière sous les quinconces ou dans le parc de Fontainebleau, ne se sentait plus brave à la grande lumière: il trouvait mille défauts à cette fille et brûlait d’en faire part au roi.

Mais son supplice finit; les cours furent traversées. Pas un rideau ne se souleva, pas une fenêtre ne s’ouvrit. Le roi marchait vite: d’abord à cause de son impatience, puis à cause des longues jambes de de Saint-Aignan, qui le précédait.

À la porte, de Saint-Aignan voulut s’éclipser; le roi le retint.

C’était une délicatesse dont le courtisan se fût bien passé.

Il dut suivre Louis chez La Vallière.

À l’arrivée du monarque, la jeune fille achevait d’essuyer ses yeux; elle le fit si précipitamment, que le roi s’en aperçut. Il la questionna comme un amant intéressé; il la pressa.

— Je n’ai rien, dit-elle, Sire.