Et sa tête tendue vers la porte, ses lèvres entrouvertes, attendaient, Dieu lui pardonne cette idée profane! le baiser que les lèvres du roi distillaient si suavement le matin quand il prononçait le mot amour.
Si le roi ne venait pas, au moins écrirait-il; c’était la seconde chance, chance moins douce, moins heureuse que l’autre, mais qui prouverait tout autant d’amour, et seulement un amour plus craintif. Oh! comme elle dévorerait cette lettre! comme elle se hâterait d’y répondre! comme, une fois le messager parti, elle baiserait, relirait, presserait sur son cœur le bienheureux papier qui devait lui apporter le repos, la tranquillité, le bonheur!
Enfin, le roi ne venait pas; si le roi n’écrivait pas, il était au moins impossible qu’il n’envoyât pas de Saint-Aignan ou que de Saint-Aignan ne vint pas de lui-même. À un tiers, comme elle dirait tout! La majesté royale ne serait plus là pour glacer ses paroles sur ses lèvres, et alors aucun doute ne pourrait demeurer dans le cœur du roi.
Tout, chez La Vallière, cœur et regard, matière et esprit, se tourna donc vers l’attente.
Elle se dit qu’elle avait encore une heure d’espoir; que, jusqu’à minuit, le roi pouvait venir, écrire ou envoyer; qu’à minuit seulement, toute attente serait inutile, tout espoir serait perdu.
Tant qu’il y eut quelque bruit dans le palais, la pauvre enfant crut être la cause de ce bruit; tant qu’il passa des gens dans la cour, elle crut que ces gens étaient des messagers du roi venant chez elle.
Onze heures sonnèrent; puis onze heures un quart; puis onze heures et demie.
Les minutes coulaient lentement dans cette anxiété, et pourtant elles fuyaient encore trop vite.
Les trois quarts sonnèrent.
Minuit! minuit! la dernière, la suprême espérance vint à son tour.