— Parce que je connais le roi, parce que je vous connais, parce que je me connais moi-même, parce que je connais tout le genre humain; non, je ne jurerai point cela.
— Alors, s’écria La Vallière avec une énergie dont on l’eût crue incapable, au lieu des bénédictions dont je vous eusse comblé jusqu’à la fin de mes jours, soyez maudit! car vous me rendez la plus misérable de toutes les créatures!
Nous avons dit que d’Artagnan connaissait tous les accents qui venaient du cœur, il ne put résister à celui-là.
Il vit la dégradation de ces traits; il vit le tremblement de ces membres; il vit chanceler tout ce corps frêle et délicat ébranlé par secousses; il comprit qu’une résistance la tuerait.
— Qu’il soit donc fait comme vous le voulez, dit-il. Soyez tranquille, mademoiselle, je ne dirai rien au roi.
— Oh! merci, merci! s’écria La Vallière; vous êtes le plus généreux des hommes.
Et, dans le transport de sa joie, elle saisit les mains de d’Artagnan et les serra entre les siennes.
Celui-ci se sentait attendri.
— Mordioux! dit-il, en voilà une qui commence par où les autres finissent: c’est touchant.
Alors La Vallière, qui, au moment du paroxysme de sa douleur, était tombée assise sur une pierre, se leva et marcha vers le couvent des Carmélites, que l’on voyait se dresser dans la lumière naissante. D’Artagnan la suivait de loin.